Penser l’aménagement de l’espace pour les jeunes enfants

19 janvier 2021 | Pédagogie

L’espace que l’on met à disposition des jeunes enfants demande à être pensé, en amont, par les professionnels petite enfance et doit être ré-interrogé régulièrement, en tenant compte des besoins que l’on aura pu observer au quotidien.

En effet, l’aménagement de l’espace a toute son importance : mettre en place un environnement adapté aux jeunes enfants, c’est venir les soutenir, les encourager dans leurs progrès, dans leurs compétences ; c’est favoriser leur autonomie, leur créativité et également leur offrir de nouvelles expériences, de nombreuses découvertes !

En tant que professionnels, nous avons alors un rôle capital à jouer pour agencer l’espace puisque celui-ci contribue pleinement à la qualité d’accueil des jeunes enfants…

Lorsque l’on aménage un espace pour les jeunes enfants, celui-ci doit bien évidemment répondre à certaines normes d’hygiène et de sécurité (anti pince-doigts…) mais il doit aussi tenir compte des besoins des jeunes enfants et pouvoir s’adapter « à là où ils en sont » dans leur développement.

Chez les bébés, nous aurons plutôt tendance à imaginer un lieu « cocooning », un lieu «contenant ». L’installation de nids douillets, de hamacs, d’une lumière tamisée, de mobiles suspendus… participent par exemple à créer une atmosphère paisible. Lorsque le tout-petit se sent suffisamment en sécurité, grâce également à la présence bienveillante des adultes, il va pouvoir aller explorer l’espace au gré de ses envies.

L’espace doit donc être conçu pour que le bébé puisse ramper, bouger en toute sécurité et en toute liberté, sans que ses expérimentations ne soient freinées ou interrompues par l’intervention incessante des adultes (« ne touches pas à ça », « attention »…). Cela demande donc à être anticipé par les professionnels petite enfance. De plus, nous le savons, le tout-petit utilise ses différents sens pour explorer le monde qui l’entoure : il regarde, il touche, il sent, il goûte, il écoute… À nous alors de leur offrir de quoi expérimenter dans la pièce : nous pouvons choisir des jeux avec des textures différentes à manipuler, des hochets pour pouvoir mettre à la bouche, disposer des miroirs pour qu’ils puissent se regarder, des modules de motricité adaptés pour pouvoir commencer à grimper, des meubles à leur hauteur qui pourront les soutenir lorsqu’ils essaieront de se mettre debout… Tout cela peut évoluer au fil de l’année, en fonction de là où en sont les bébés accueillis : à nous, professionnels de la petite enfance, de repérer et d’observer de quoi ils ont besoin !

Sur les sections des « moyens », nous observons souvent des besoins moteurs : les enfants vont pousser, grimper… Encore une fois, c’est à nous de leur donner les moyens d’assouvir ces besoins : la présence de blocs moteurs, de poussettes ou encore d’un toboggan dans la pièce de vie va permettre aux enfants de décharger toute leur énergie motrice ! En répondant à ce besoin « moteur » par exemple, nous allons alors participer à apaiser l’ambiance de la section. En effet, lorsque l’espace n’est pas adapté aux besoins des enfants, nous remarquons souvent une augmentation des comportements agressifs : leurs besoins n’étant pas assouvis, ils vont les exprimer autrement en grimpant sur le copain par exemple, en le poussant, en tirant ses cheveux… De plus, si l’espace n’est pas suffisamment stimulant pour les enfants (sans l’être trop non plus !), certains peuvent « tourner en rond » et les conflits entre les enfants deviennent alors plus nombreux.



Pour les plus grands, à partir de 18 mois, lorsqu’ils entrent notamment dans la période des jeux « symboliques », il sera important d’aménager des espaces permettant justement aux enfants de rejouer des scènes de la vie quotidienne (coin « dinette », coin « poupées », coin « garage »…). Plus ces espaces se rapprocheront de la réalité, plus ils seront investis : on peut par exemple lester des pots vides, dans le coin dinette, pour leur donner du « poids » et une sensation de « réel » ou encore agrémenter ce coin avec des petits portes monnaies, des sacs à main…
L’objectif, avec les plus grands, est souvent de promouvoir leur autonomie : cela doit donc influencer également notre manière de penser l’espace, pour qu’ils aient le moins possible besoin de l’intervention de l’adulte pour faire les choses.

Peu importe l’âge des enfants, nous devons offrir aux enfants des espaces suffisamment riches pour répondre à leurs différents besoins : des jeux seront alors laissés à leur disposition, à leur portée, en fonction de leurs capacités. Ils seront plutôt positionnés au sol pour les plus petits et sur des petites étagères pour les plus grands…  Cependant, il faudra être vigilant à ne pas en mettre trop non plus, au risque de sur-stimuler les enfants et qu’ils s’éparpillent entre les différents jouets proposés, « zappant » d’une activité à l’autre. Il vaut mieux privilégier de ne pas mettre trop de jeux d’un coup et d’organiser plutôt un roulement pour renouveler l’intérêt des jeunes enfants.

Dans tous les cas, dans toutes les sections, les différents espaces doivent être évolutifs : on doit pouvoir les changer, les agrandir ou même les réduire en prenant en compte à la fois les besoins du groupe d’enfants mais aussi les besoins individuels de chaque enfant.

DÉFINIR ET DÉLIMITER LES DIFFÉRENTS ESPACES D’UNE PIÈCE DE VIE

Nous avons à coeur de respecter les rythmes et les envies de chacun : il est donc important de pouvoir diversifier nos propositions, au sein des différentes sections, pour que chacun y trouve son bonheur !

Nous devons penser à chaque fois à aménager des coins plus « calmes » pour permettre aux enfants d’aller se détendre, se relaxer, se poser avec un livre par exemple et des coins plus « moteurs » pour qu’ils puissent bouger et dépenser leur énergie !

Ces différents espaces doivent être facilement identifiables pour les enfants. Pour cela, nous pouvons choisir de les « cloisonner » un peu en disposant des petites barrières (ou des meubles) ou alors en utilisant du scotch au sol par exemple pour les délimiter « visuellement ».

La disposition de ces différents espaces dans la pièce de vie est également à réfléchir, les uns par rapport aux autres. Nous éviterons par exemple de mettre l’espace « toboggan », souvent assez bruyant, à côté du coin « lecture » qui suggère davantage de calme ; nous envisagerons plutôt le coin « dinette » à proximité du coin « poupée » pour que les déplacements entre les deux espaces se fassent aisément (un enfant pourra ainsi prendre une poupée et l’emmener dans le coin « dinette » pour lui donner à manger)…

De la même manière, il sera essentiel de chercher à investir et aménager la pièce de vie en profitant de tout l’espace qu’elle a à nous offrir : cela évitera notamment des rassemblements trop importants au même endroit, et facilitera la circulation des enfants dans la pièce, réduisant ainsi les potentielles sources de conflits !

Pour que chaque espace défini conserve bien sa fonction , il va être primordial de s’attacher au rangement. Un lieu de vie clair, organisé, bien agencé, va forcément donner davantage à l’enfant l’envie de l’investir et il devient aussi plus appréciable pour les professionnels qui y travaillent. L’espace doit être « prêt » pour jouer : on peut par exemple installer la table du coin dinette avec des assiettes, des couverts, des verres, un pichet… ou sortir la ferme en positionnement dedans quelques animaux. C’est souvent beaucoup plus attractif que de trouver une caisse où tout est mélangé ! Les jeux doivent donc être triés et complets. L’enfant qui trouve un puzzle dont les pièces sont éparpillées n’aura certainement pas envie de le refaire, il aura également moins de plaisir à jouer si la boîte en carton de la dinette est toute abîmée ou s’il manque le couvercle de la casserole… À nous adultes d’être vigilant à toutes ces petites choses pour maintenir la qualité des espaces proposés aux enfants !

Il y a également un espace auquel on doit accorder une attention toute particulière : celui de l’entrée de la section, l’endroit où a souvent lieu les séparations du matin . Nous pouvons donc penser cet espace de manière à ce qu’il soit force de propositions pour l’enfant, qu’il donne envie à l’enfant de venir jouer à la crèche, qu’il participe à sécuriser l’enfant !

Nous pouvons choisir d’installer des choses qui « attirent » les enfants, comme des structures motrices par exemple (qui leur permettront notamment de prendre un peu de « hauteur ») ou alors de positionner différents contenants, comme des boîtes de lait vides avec des bouchons que l’on peut glisser et cacher à l’intérieur par exemple, permettant alors aux enfants d’apprivoiser certaines notions comme le « dedans / dehors », le « caché/coucou ». À travers ce jeu, le jeune enfant intègre notamment la notion de « permanence de l’objet » : « même si je ne vois plus mon parent, il continue d’exister ». Ces propositions sont donc importantes à mettre à place au moment de la séparation, dans l’objectif de l’adoucir.

L’IMPORTANCE DE L’OBSERVATION

Au quotidien, la vie de la crèche est riche en observations ! Les enfants, par leurs comportements, savent nous traduire ce dont ils ont besoin : à nous alors de savoir prendre en compte ces besoins pour penser l’espace et l’adapter ainsi au mieux.

Par notre observation, par notre connaissance du jeune enfant, nous pourrons également rapidement savoir si l’aménagement de l’espace convient, s’il est propice au bien-être des enfants accueillis. Si nous constatons beaucoup de conflits dans un espace par exemple ou, au contraire, si un espace est souvent délaissé : c’est qu’il nous faut nous pencher dessus pour le ré-aménager !

Qu’observons-nous au quotidien ? À quel(s) besoin(s) cela répond-t-il ? Si c’est un besoin moteur par exemple, peut être qu’il faudra enrichir l’espace avec davantage de jeux permettant à ce besoin moteur de s’exprimer…

Quels sont les espaces et les jeux les plus plébiscités ? Y en a t-il suffisamment ? Si nous constatons des conflits réguliers entre enfants autour d’un même jeu, il faudra peut être penser à en acheter plusieurs exemplaires pour atténuer les conflits.

Si l’espace est suffisamment pensé au préalable, aménagé pour les jeunes enfants, et que sa pertinence est régulièrement questionnée par les professionnels, nous observons souvent que l’ambiance du groupe est apaisée. Celui-ci va avoir un réel impact sur les comportements des enfants. Il vient en appui au projet pédagogique mené par l’équipe.

Les temps d’échanges entre équipe, en dehors de la présence des enfants, vont être primordiaux pour pouvoir partager toutes ces observations et repenser ensemble les espaces au fil de l’année. Il peut également être intéressant de bénéficier d’un oeil extérieur, comme celui d’un psychologue ou d’un psychomotricien par exemple, pour agrémenter nos pistes de réflexion.

Nous l’avons vu, nous devons penser et aménager l’espace en tenant compte de l’évolution des besoins et des compétences des jeunes enfants mais il faut aussi réussir à trouver le juste équilibre. En effet, les espaces proposés à l’enfant dans la pièce de vie constituent de véritables repères pour eux : il sera donc très important de ne pas modifier tout en même temps, ni trop souvent non plus, et d’accompagner les différents changements. Les enfants ont besoin de se sentir en « sécurité » pour pouvoir explorer l’espace. Cela passe par l’ambiance du lieu qui leur est proposé mais aussi par l’accompagnement bienveillant de l’adulte. C’est une condition sine qua non pour que les enfants s’autorisent à investir l’espace et à être en relation avec les autres.

Delphine DESGARCEAUX – EJE – Coordinatrice Pédagogique Pim Pam Pomme

 

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