La communication bienveillante

15 septembre 2021 | Pédagogie

En tant que professionnels petite enfance, notre rôle est de « prendre soin » de chaque enfant que l’on accueille. Pour cela, il est essentiel de s’inscrire dans une démarche respectueuse vis à vis de lui, en tenant compte de son histoire, de son environnement, de là où il en est dans son développement ; en étant également réactif à ses besoins, ses demandes, à l’écoute de ses choix, de ce qu’il a à nous exprimer…

En adoptant une attitude vigilante, positive, attentive à l’autre, nous mettons en avant ce qu’on appelle la « communication bienveillante ». Cela requiert une certaine posture de la part des adultes, qui ne s’invente pas : il nous semble alors important de connaître et de partager les clés pour pouvoir mieux communiquer avec le tout-petit !

    LES « RÈGLES D’OR » QUAND ON S’ADRESSE À UN JEUNE ENFANT

    Tout d’abord, pour entrer dans une relation respectueuse avec l’enfant, il est essentiel d’adopter une attitude appropriée, visant à le considérer comme un individu à part entière. Que ce soit le regard que l’on pose sur lui, la parole qu’on dispense ou les gestes qu’on réalise : tous vont avoir une importance capitale !

    • Lorsqu’on s’adresse à un enfant, il est déjà essentiel de se mettre à sa hauteur. Ainsi, l’adulte devient à sa portée : cela est moins impressionnant pour le tout-petit et facilite alors l’entrée en communication entre l’enfant et l’adulte.
    • En plus d’être à sa hauteur, nous devons être vigilant à bien nous mettre face à l’enfant lorsque nous souhaitons nous adresser à lui. En effet, cela va permettre à l’enfant de capter notre regard, nos mimiques… L’expression de notre visage ou encore notre gestuelle va participer à donner du sens à ce que l’on dit à l’enfant et ainsi l’aider à mieux nous comprendre.
    • Le langage utilisé doit être approprié : nous devons privilégier des mots simples et adaptés à sa compréhension.
    • Nous devons formuler une seule consigne à la fois à l’enfant. En effet, le jeune enfant n’est pas en capacité d’intégrer et se remémorer plusieurs consignes. Nous devons donc attendre que l’enfant ait réalisé la première consigne avant de lui en suggérer une autre.
    • Il ne faut pas oublier que le cerveau du tout-petit est encore immature et que le tout-petit n’intègre pas la négation. On devra alors faire en sorte de privilégier les formulations « positives », et cela nécessite parfois un certain entraînement pour nous, adultes ! Ainsi, par exemple, au lieu de dire à un enfant « ne cours pas dans la pièce ! », nous lui dirons plutôt « on marche ! ». Et, de la même manière, nous choisirons d’utiliser le « stop ! » à la place du « non » : cette alternative est souvent beaucoup plus efficace et plus positive !
    • Le ton de voix doit également être approprié au message que nous souhaitons faire passer. Si un enfant se met en danger par exemple, nous n’allons pas lui dire « stop ! » avec une voix toute douce, monocorde et en esquissant un grand sourire ! Cela ne ferait pas sens pour lui. Dans l’éducation bienveillante, il reste bien évidemment important de poser des limites à l’enfant, il faut juste savoir le faire de manière respectueuse.

    QUELQUES PETITES ASTUCES DE COMMUNICATION

    Il existe également quelques « petites astuces » pour faciliter la communication avec le tout-petit et lui permettre de s’approprier les règles. Cela suggère que l’adulte ne se positionne pas en tant qu’adulte « tout-puissant » mais qu’il cherche au contraire à valoriser la place de l’enfant et à montrer toute l’importance qu’on lui donne.

    Au fur et à mesure qu’il grandit, nous pouvons laisser davantage de liberté à l’enfant dans les consignes que l’on peut lui donner. On pourra par exemple proposer à un enfant : « veux-tu mettre tes bottes ou tes baskets pour aller dehors ? ». Dans cette situation, l’objectif est défini par l’adulte (nous devons aller dehors) mais l’enfant a aussi un certain pouvoir de décision, ce qui tend à le valoriser et à favoriser son autonomie, et les enfants adorent ça ! Nous appelons ça des « choix guidés ». Ils sont souvent très efficaces et évitent d’entrer dans une relation conflictuelle avec l’enfant.

    D’une autre manière, au lieu de juste exprimer les « interdits » à l’enfant, nous pouvons faire le choix de lui proposer des alternatives. Par exemple, nous pourrions dire à un enfant « il est interdit de jeter le jeu par terre mais, si tu as besoin de lancer, je peux te proposer d’aller jouer au ballon dehors ». Dans ce cas, nous ne nous arrêtons pas uniquement à l’interdit, qui pourrait alors entraîner un sentiment de frustration chez l’enfant, et nous proposons à l’enfant une « solution » au besoin qu’il semble exprimer (le besoin de lancer).

    L’ADULTE : UN MODÈLE RELATIONNEL POUR L’ENFANT

    L’adulte va être un modèle relationnel pour l’enfant, dont il va s’imprégner. Ainsi, plus nous développons à son égard une communication emphatique et bienveillante, plus il pourra développer ses compétences relationnelles à son tour.

    Nous devons alors faire très attention aux mots blessants que l’on pourrait employer et/ou aux « étiquettes » que l’on pose sur un enfant. Pour entrer dans une communication bienveillante et respectueuse de l’enfant, nous ne devons pas lui porter de jugement.

    De la même manière, il sera également très important de toujours bien différencier l’acte (que fait l’enfant) de la personne en tant que telle : l’enfant a besoin de savoir, de vérifier, que même si nous ne nous sommes pas d’accord avec ce qu’il vient de faire, cela ne changera en rien l’affection qu’on lui porte.

    À travers son regard et sa disponibilité, l’adulte est là pour accompagner l’enfant, le soutenir dans ses découvertes. Il est important parfois de rester en position d’observateur, de ne pas intervenir tout de suite et de ne pas presser l’enfant car il faut savoir que ce dernier n’a pas la même temporalité que nous. Au contraire, on privilégiera le fait de lui laisser le temps et la possibilité de faire les choses par lui-même. En faisant ainsi, nous lui signifions toute notre confiance : nous nous appuyons sur les choses positives, sur ce que l’enfant sait faire ; ce qui conduit l’enfant à développer son estime de soi.

    Prenons un exemple ! Si nous disons à un enfant : « attention, tu vas tomber !», cela marque un certain manque de confiance en lui, cela risque même de le freiner dans son expérience et induit d’ailleurs souvent, dans la plupart des cas, une chute. Si, au contraire, nous faisons le choix de lui dire « prends soin de toi », cela l’implique davantage dans la situation et l’encourage même à continuer ce qu’il est en train de faire. Cependant, si la situation devient trop anxiogène pour l’adulte, nous pouvons également nous autoriser à le signifier à l’enfant, en lui verbalisant notre ressenti : « Je viens près de toi car j’ai peur que tu tombes ».

    Le professionnel se doit également de proposer une écoute attentive à chaque enfant et ainsi prendre en compte ce qu’il a à nous dire. En effet, si on laisse nos propres envies, nos sentiments, nos goûts, nos besoins prendre le dessus sur ce que l’enfant ressent, cela va participer à nier son existence en tant qu’individu. Voilà pourquoi il est très important d’accueillir et prendre en compte les émotions de l’enfant : l’enfant prend ainsi conscience qu’il a de la valeur et qu’il peut exprimer ses ressentis. Cela participe notamment à développer son intelligence relationnelle. L’écoute emphatique devient vraiment une clé dans la relation éducative : cela requiert alors un certain « savoir-être » de la part de nos professionnels petite enfance.

    La bienveillance est un vrai enjeu d’humanité : il ne faut pas oublier que les enfants dont nous prenons soin aujourd’hui seront les adultes de demain.

    Les enfants bientraités aujourd’hui pourront plus facilement devenir des adultes bientraitants et s’imprégner ainsi de toute l’attention et le soin qu’on leur a accordé.

    Delphine DESGARCEAUX
    EJE – Coordinatrice Pédagogique Pim Pam Pomme

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