ÊTRE À L’ÉCOUTE DES ÉMOTIONS DU JEUNE ENFANT

Le jeune enfant, jusqu’à 5 ans, n’est pas en capacité de gérer ni de réguler ses émotions. Ces émotions vont donc s’exprimer de manière très spontanée et souvent très intense : l’enfant va ressentir une émotion dans son corps et l’exprimer avec celui-ci. 

En tant qu’adulte, il va être très important qu’on puisse entendre les émotions de l’enfant, qu’on puisse les reconnaître, les respecter et les nommer. Être à l’écoute des émotions de l’enfant et chercher à comprendre les besoins qu’il exprime, c’est adopter une communication bienveillante et ainsi favoriser le bien-être de l’enfant et le développement de ses compétences.

Pour le jeune enfant, exprimer ses émotions est une manière de communiquer : il va partager ses ressentis et exprimer ses besoins. Ses pleurs, ses cris, ses agitations… viennent nous signifier quelque chose ! À nous, en tant que professionnels petite enfance, de prendre le temps suffisant d’observer le jeune enfant et d’être à l’écoute de ce qu’il a à nous dire pour essayer de « décoder » son besoin et tenter d’y répondre au mieux.

Tout d’abord, les professionnels doivent savoir que le tout-petit traverse tout un tas de tempêtes émotionnelles au cours de sa petite enfance et qu’il ne peut les maîtriser. Les différents comportements qu’il peut avoir ne doivent donc pas être assimilés à de la provocation.

LE FONCTIONNEMENT DE NOTRE CERVEAU

Notre cerveau est divisé en 3 parties distinctes

  • le cerveau « reptilien » assure les principales fonctions de survie. C’est lui qui nous fait réagir de façon instinctive quand on se sent en danger ou quand nos besoins fondamentaux ne sont pas satisfaits.
  • Le cerveau « limbique » est le siège de nos émotions (la joie, la colère…). Celui-ci va avoir une influence sur notre comportement
  • Le Cortex vient en quelque sorte contrôler le cerveau émotionnel et reptilien. C’est notamment lui qui permet de prendre du recul sur une situation, de se raisonner…

Il faut savoir qu’avant 5 ans, l’enfant va vivre de multiples bousculements émotionnels. Les connexions entre le Cortex et les deux autres cerveaux ne sont pas encore matures. L’enfant ne peut donc pas gérer ses émotions : ce n’est pas qu’il ne veut pas , c’est qu’il ne peut pas !

En intégrant déjà ces notions, nous comprenons alors très vite que l’enfant va parfois se retrouver en réelle difficulté et en souffrance face à ce qu’il peut ressentir. L’adulte aura alors un rôle très important qui consistera à le rassurer, le consoler et l’apaiser. Cela ne signifie pas pour autant « céder » car l’adulte est là pour maintenir un cadre qui soit sécurisant pour l’enfant : le professionnel peut alors tout à fait exprimer son désaccord dans ce cas là à l’enfant, avec des mots simples et adaptés à sa compréhension. Par sa présence calme et attentive auprès de l’enfant, en adoptant un accompagnement bienveillant, l’adulte pourra alors aider l’enfant à réguler ses émotions.

De la même manière, intégrer ces notions c’est comprendre que l’enfant qui tape, qui mord quand on lui prend son jouet par exemple, ne le fait pas dans l’intention de faire mal à l’autre mais que c’est ici son cerveau « reptilien » qui s’active.  Le savoir permet alors d’avoir une réponse plus ajustée à l’enfant qui consiste à lui expliquer qu’il est « interdit de mordre le copain », qu’il « peut lui dire « non » s’il n’a pas envie qu’on lui prenne son jouet »… Il n’est donc pas adapté de le « punir » ni de l’isoler.

METTRE EN PLACE UNE COMMUNICATION BIENVEILLANTE DANS L’INTÉRÊT DU JEUNE ENFANT

Une émotion a besoin de s’exprimer. Nous l’avons vu, elle a également besoin d’être entendue, reconnue et respectée. Il est donc primordial de ne pas banaliser, de ne pas nier les émotions du tout-petit.

En effet, lorsqu’un enfant tombe et se met à pleurer, il nous arrive fréquemment d’entendre l’adulte répondre «  ce n’est rien du tout ! » ou encore « tu es grand maintenant, on ne pleure pas pour ça !». En cherchant à dédramatiser, l’adulte n’a souvent aucune intention de faire mal les choses et il cherche au contraire, par ce biais, à rassurer l’enfant. Seulement, pour l’enfant, cette chute représente quelque chose : il a peut être eu mal, il a peut être eu peur ! En cherchant plutôt à savoir ce qu’il ressent, en l’aidant à nommer ses émotions, nous mettons du sens sur ce qu’il vient de vivre. Nous accueillons ses émotions en les laissant s’exprimer s’il en a besoin et en lui apportant le réconfort nécessaire. En adoptant une communication bienveillante, nous pourrions plutôt lui dire : « oh, je vois que tu as beaucoup de chagrin, tu as dû avoir peur ? ». En cherchant à reconnaître l’émotion de l’enfant, nous participons souvent à l’apaiser.

En accueillant en toute bienveillance les émotions du jeune enfant nous lui permettons de développer sa confiance en soi, son autonomie. Si nous ne laissons pas les émotions s’exprimer, cela peut au contraire générer du stress pour l’enfant et il peut également avoir, plus tard, des difficultés à gérer ses émotions et à développer son empathie envers lui-même et envers les autres.

L’enfant va se construire également par mimétisme de l’adulte. En adoptant une posture empathique, nous donnons ainsi l’exemple à l’enfant et nous lui offrons l’opportunité de développer, à son tour, ses compétences relationnelles.

L’adulte, en observant l’enfant, en étant à son écoute, à sa hauteur, en veillant à répondre à ses besoins, en le réconfortant, participe à instaurer une véritable relation de qualité avec le jeune enfant.

Grâce à la mise en place de cette relation bienveillante, l’enfant va sécréter de l’ocytocine, l’hormone du bien-être, nécessaire à l’épanouissement et au développement de l’être humain. Au contraire, dans des situations désagréables ou dangereuses, son taux de cortisol, l’hormone du stress, va augmenter. Cette sécrétion est nécessaire pour faire face ponctuellement à des situations de stress mais elle doit être en quantité limitée. Il ne faut donc pas que ces situations se renouvèlent trop fréquemment, au risque d’entraîner une surproduction qui peut alors être réellement nuisible pour le développement du cerveau de l’enfant. Il est très important d’avoir bien en tête toutes ces données pour comprendre combien les réactions de l’adulte face aux émotions exprimées par l’enfant vont avoir un rôle capital dans le développement du jeune enfant. Rappelons-nous alors que les professionnels petite enfance ont une mission clef : celle d’accompagner les enfants d’aujourd’hui qui deviendront les adultes de demain !

Durant les premières années de vie, le cerveau de l’enfant est très malléable. Toutes les expériences qu’il vit vont s’imprimer dans son cerveau. En tant que professionnels petite enfance, aucune de nos actions ne sera anodine. Nous devons donc veiller à prendre soin de chaque enfant, être à l’écoute de ses émotions et de ses besoins, pour lui permettre de se développer harmonieusement et de grandir en toute autonomie ! 

Delphine DESGARCEAUX – EJE – Coordinatrice Pédagogique Pim Pam Pomme

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